Salomé Saqué : « Les jeunes ont besoin de croire en leur avenir ! »
A la veille d’une nouvelle marche pour le climat, alors que les jeunes sont dans la rue en France et en Belgique pour revendiquer leurs droits, nous avons pu nous entretenir avec Salomé Saqué, journaliste et autrice de « Sois jeune et tais-toi ». Pour Ma vie en PLUS, elle analyse l’impact de la crise climatique sur les plus jeunes.
En quoi la crise climatique change-t-elle le rapport des jeunes à leur avenir ?
La crise écologique est en train d’altérer profondément la capacité des plus jeunes générations à se projeter dans le futur, peut-être plus qu’aucune autre génération avant elle.
C’est un phénomène irréversible par bien des aspects : on ne pourra jamais revenir dans le monde tel qu’on l’a connu il y a encore 50 ans. C’est quelque chose qui est assez effrayant et qui s’accélère. Le réchauffement climatique est causé par l’activité humaine et c’est un phénomène contre lequel on n’est pas du tout en train de prendre les mesures politiques nécessaires.
Pour vous donner une idée, une personne qui est née en 2020 va subir 7 fois plus de vagues de chaleur au cours de sa vie qu’une personne qui est née en 1960. Il y a vraiment une grosse différence générationnelle ! Les jeunes savent très bien qu’ils seront les plus touchés. C’est pour cette raison qu’ils sont, et de loin, les plus éco-anxieux.
Est-ce que les jeunes ont le sentiment d’être écoutés ?
Non, pas du tout.
Je tiens à préciser une chose : exprimer une inquiétude ne veut pas dire être militant ou ultra engagé. C’est quelque chose qui est très souvent renvoyé aux plus jeunes. On va leur tenir des propos du type : « Tu dis que tu t’inquiètes mais tu manges de la viande ! » ou « Tu commandes sur tel site donc tu n’as pas la légitimité pour t’exprimer sur ces questions ». Ce n’est pas parce qu’un jeune n’est pas ultra engagé qu’il n’est pas inquiet ! L’inquiétude est bien réelle parmi cette génération.
Ce qui inquiète majoritairement les plus jeunes, ce n’est pas tant la crise écologique en tant que telle mais la sensation, qui est une réalité, que les personnes qui sont en charge d’assurer les conditions d’habitabilité de la planète, les personnes qui sont aux commandes, ne prennent pas du tout en compte leur futur.
C’est un peu comme être bloqué à l’arrière d’une voiture avec des conducteurs à l’avant qui nous entraînent à 130 kilomètres à l’heure dans un mur.
Comment sont perçus les jeunes qui s’engagent pour le climat ?
Il y a cette dynamique politique, médiatique et sociétale qui reproche aux jeunes de ne pas être assez engagés. On leur reproche d’être individualistes, égoïstes, de ne pas être impliqués dans la vie collective. Mais quand ils le font, quand ils s’engagent réellement, on va souvent trouver que ce n’est pas la bonne manière, que ce n’est pas la bonne cause, que c’est trop impertinent, que c’est trop violent. Ce n’est jamais la bonne façon de faire. Il y a pourtant urgence à écouter celles et ceux qui essaient de faire passer un message. 1 jeune sur 2 est aujourd’hui touché par l’éco-anxiété. C’est très sérieux.
L’éco-anxiété peut avoir des conséquences physiques et psychologiques très graves : crises d’anxiété, insomnies, échec scolaire, dépression…
Aujourd’hui, être anxieux face à la gravité de ce qui est en train de se dérouler et surtout de ce qui nous attend, n’est pas une pathologie à mes yeux, c’est une marque de lucidité !
Est-ce que tous les jeunes sont logés à la même enseigne en matière de climat ?
Non ! Les plus jeunes, clairement, ne forment pas un groupe homogène. Comme tout le reste de la société, c’est un groupe d’âge qui est traversé par de très fortes inégalités qui s’accentuent avec le temps. Les personnes les plus exposées sont les plus vulnérables, les plus précaires. On l’a très bien vu dans les épisodes dramatiques de canicule qu’on a traversé en Europe cet été. Les premières personnes touchées étaient celles qui vivaient dans des passoires thermiques, dont le logement ne pouvait pas être rafraichi.
On ne peut pas dire que la crise climatique va toucher tout le monde de la même manière. Clairement pas !
Que faire pour aider les jeunes ?
Je pense qu’il y a plusieurs choses à faire.
Premièrement, il faut écouter les plus jeunes dans leurs revendications concernant le réchauffement climatique mais aussi concernant tout le reste de leur vie. Il y a beaucoup d’inquiétudes sur le plan de l’emploi, sur le sens de leur travail, sur leur logement ou l’accès à la nourriture.
Ensuite, ce n’est pas seulement leur apporter quelque chose de matériel et d’immédiat qui est essentiel, c’est aussi leur garantir une société et un avenir désirable. C’est ça qui permettrait de retrouver une forme d’optimisme et d’enrayer cette difficulté croissante qu’ont les plus jeunes à se projeter dans l’avenir.
Les jeunes ont aussi besoin d’avoir la sensation que les personnes qui sont aux manettes ne pensent pas seulement à ce qui va se passer là, maintenant, dans les deux prochaines années, mais aussi dans les 30, 40 prochaines années. C’est ce type de perspective politique qui permet de retrouver confiance en l’avenir.
Ma vie en PLUS
Face au déclin de la santé mentale des jeunes, Solidaris publie un rapport complet assorti de 10 priorités d’action à destination des décideurs politiques. Ces recommandations visent à renforcer des politiques publiques ambitieuses, transversales et coordonnées, agissant sur l’ensemble des déterminants de la santé mentale.
Des journées thématiques sont également organisées pour transformer ces constats en actions concrètes. Retrouvez la liste de ces activités ici.