Violences conjugales : parfois visibles, souvent invisibles !
Etes-vous victime de violences conjugales sans en avoir conscience ? Les violences conjugales font encore l’objet de nombreux tabous et idées reçues. Les déconstruire est primordial pour aider les personnes qui en sont victimes. On fait le point avec Jessy Deminne, Assistante sociale chez « Ça vaut pas l’coup ». Interview…
Est-ce que les violences conjugales sont toujours visibles et facilement identifiables ?
Non, elles ne sont pas toujours visibles et même très souvent peu reconnues en tant que telles.
On a tendance à croire que les violences conjugales n’existent qu’à travers la violence physique, alors qu’il existe d’autres types de violences dont les violences psychologiques, verbales, économiques ou administratives.
On parle aussi beaucoup du contrôle coercitif : un continuum de violences, de manipulations qui tentent “d’assujettir” la personne. Il s’agit de la dépersonnaliser à travers l’isolement, le contrôle de sa vie sociale, de sa façon de s’habiller ou de se maquiller…
Pourquoi est-ce que les violences invisibles sont difficiles à identifier ?
Elles sont difficiles à identifier parce qu’il existe encore énormément de stéréotypes sur le sujet.
On a tendance à parler de violences conjugales lorsqu’il y a des coups. On a tendance également à penser que ce genre de choses n’arrive que dans des milieux précarisés. C’est loin d’être le cas : je vois autant d’avocat·e·s et de chirurgien·ne·s que de personnes qui bénéficient du Revenu d’Intégration Sociale (RIS). Ça peut toucher toutes catégories de classes sociales.
On pense aussi que ça concerne uniquement les femmes. Même s’il s’agit de la grosse majorité des personnes que je reçois, les hommes aussi peuvent être victimes de violences conjugales.
Croire qu’il faut juste partir et que la rupture règle tout est également une idée reçue totalement fausse. Les violences perdurent même après la rupture et parfois s’intensifient ou continuent à travers l’instrumentalisation des enfants.
Quelles sont les différences entre la violence conjugale et le conflit conjugal ?
Ce n’est pas du tout la même chose ! Lors du conflit conjugal, il y a discorde entre deux personnes qui se trouvent sur un même pied d’égalité. Chacun·e va chercher à avoir raison concernant une situation. Dans la violence conjugale, il y aura une relation de pouvoir et une position inégalitaire. La dynamique relationnelle sera toujours asymétrique.
Comment est-ce que les violences se mettent en place ?
Il y a d’abord la phase de tensions. L’auteur ou l’autrice va mettre en tension la victime, notamment à travers des silences vraiment lourds, des regards menaçants ou le fait de claquer une porte… La personne victime va commencer à avoir peur, à se sentir mal à l’aise.
La deuxième phase arrive ensuite : le passage à l’acte. Ça ne nécessite pas forcément de violence physique même si cela en fait partie. Ça peut être des cris ou le fait de casser un objet sur le sol. La personne victime va ressentir un sentiment de culpabilité, de honte.
Vient alors la troisième phase : la justification. L’auteur ou l’autrice trouve des excuses : ce n’est pas sa faute, c’est à cause de l’alcool ou de sa·son conjoint·e. Contrairement à ce que veut faire croire l’auteur ou l’autrice, ce n’est pas une perte de contrôle mais une prise de contrôle. C’est intentionnel !
Après ces justifications, arrive la phase de lune de miel. L’auteur ou l’autrice arbore un tout autre visage, recommence à être aux petits soins, agit de la meilleure des manières. Cette phase explique pourquoi beaucoup de personnes restent.
Tout ce mécanisme implique une récupération de la victime qui se rattache à tout ce qui a créé le lien au début de la relation.
Pourquoi est-ce difficile de partir ?
C’est un processus qui est très long, rempli de peurs, de doutes, de culpabilité. Ça reste une relation d’amour dans laquelle il n’y a pas que du négatif. Tous ces cycles se répètent à chaque fois avec toutes les justifications et la culpabilité de la personne victime.
On a tendance aussi à rester par peur pour les enfants. Partir, c’est enlever un·e parent, casser cet idéal de la famille nucléaire.
Quel est le rôle des proches de la victime ?
L’entourage a un rôle essentiel à jouer ! Il est important d’offrir une présence stable, une présence inconditionnelle. Il faut éviter les phrases du type « Si tu ne le quittes pas, je ne serais plus là ».
Il faut être à l’écoute, sans jugement, avec bienveillance. Aider la personne victime à prendre contact avec un service d’aide aux victimes est une très bonne chose. Il s’agit de l’aider sans la brusquer.
Je sais que c’est très compliqué pour l’entourage qui s’inquiète mais malheureusement, tant que la victime n’est pas prête, rien ne sera possible.
Que faire si on est victime de violences conjugales ?
Il faut d’abord en prendre conscience. Ensuite, essayer d’en parler, à son rythme, à des personnes de confiance, à son entourage, mais également à des professionnel·le·s de terrain comme un·e médecin.
Chez « Ça vaut pas l’coup », on propose un écoute sans jugement qui n’implique aucune action ni pression. On avance au rythme de la personne. Si elle le souhaite, par la suite, on peut lui fournir un soutien psychologique ou juridique. Nous accompagnons également toutes les démarches administratives et logistiques lorsqu’il y a départ.
Ma vie en PLUS
Vous êtes victime de violences conjugales… Voici les aides à votre disposition :
- Ligne d’écoute : ecouteviolencesconjugales.be – 0800 30 0 30
- Ça vaut pas l’coup à Andenne, Couvin, Dinant, Namur, Philippeville et Sambreville – 081 777 162
- Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE) à Liège – 04 223 45 67
- Maison Plurielle à Charleroi – 071 94 73 31 ou 0492 65 55 47