Harcèlement, cyberharcèlement, exclusion : comprendre ce qui se joue

Maux de ventre à répétition, isolement, cyberharcèlement, perte de confiance en soi… Le harcèlement scolaire peut prendre de nombreuses formes et laisser des traces durables. Comment repérer les signaux d’alerte ?
Nous avons rencontré David Plisnier du CRIH (Centre de Référence et d’Intervention Harcèlement) qui nous partage ses conseils pour aider les parents à mieux comprendre cette réalité.

Harcèlement scolaire : les signes qui doivent alerter les parents

Plusieurs signes sont la manifestation d’un mal-être chez l’enfant et doivent être pris en considération par les adultes.
Voici les plus fréquents :

  • Somatisation physique : maux de tête ou de ventre chroniques sans cause médicale claire, vomissements, insomnies, énurésie à un âge anormal.
    Ces formes de somatisations sont souvent liées  À des moments clés ou au contexte temporel.  Par exemple, l’enfant passe deux semaines de congés scolaire sans soucis, mais deux jours avant la rentrée, les insomnies ou les maux de ventre commencent et le matin du premier jour d’école, il vomit de stress.
  • Agressivité récente et incompréhensible envers les parents et/ou la fratrie.
    L’enfant harcelé décharge souvent à la maison, et contre ses proches, la colère accumulée suite aux agressions dont il est victime à l’école.
  • Altération de l’appétit (perte d’appétit significative ou au contraire boulimie).
  • Baisse majeure de la communication avec les parents et/ou la fratrie.
    L’enfant harcelé s’isole fréquemment de ses proches.
    Attention, cependant, chez les adolescents, cet éloignement est beaucoup plus naturel et n’est pas un signe clair de mal-être.

Les symptômes chez l’enfant victime de harcèlement scolaire sont variés et parfois masqués par l’enfant. Il faut donc être prudent et ne pas trop généraliser.

Mon enfant est témoin de harcèlement : comment l'aider à agir ?

La meilleure réaction que peut avoir un enfant témoin est d’en parler avec des copain.ine.s qui en sont également témoins.

A plusieurs, il leur sera plus aisé et surtout moins dangereux, de venir en aide à l’enfant cible du harcèlement.

Toujours ensemble, ils pourront plus aisément avoir un temps d’échange avec l’équipe éducative de l’école pour « tirer la sonnette d’alarme ».

Dans tous les cas, il est déconseillé de pousser l’enfant témoin à agir seul car cela peut se retourner contre lui et implique une position difficile à tenir.

A plusieurs, le risque est bien moindre et la parole du petit groupe ainsi constitué sera davantage écoutée par les professionnel.le.s que celle d’un enfant seul.

 

Cyberharcèlement : quand le harcèlement ne s'arrête plus à la sortie de l'école

Il est important de distinguer les agressions et intimidations qui se produisent dans la vie réelle des cyberagressions, qui ont lieu en ligne.

Lorsqu’elles se répètent et s’accumulent, ces différentes attaques peuvent constituer une situation de harcèlement.

Les réseaux sociaux et les outils numériques favorisent certaines formes d’agressions impossibles ou beaucoup plus limitées dans la vie réelle.

La rapidité de diffusion, l’anonymat et la possibilité de toucher un grand nombre de personnes en quelques secondes peuvent amplifier considérablement l’impact d’un acte malveillant.
Par exemple : une photo embarrassante peut être partagée instantanément à des centaines, voire des milliers de personnes.

C’est pourquoi il est essentiel que les parents s’informent sur les différentes formes de cyberagressions auxquelles les adolescent.e.s peuvent être confronté.e.s.

Parmi elles figurent notamment le flaming (échanges de messages insultants ou violents en ligne), la diffusion non consentie d’images intimes, les nudes ou encore le doxing, qui consiste à divulguer des informations personnelles sur une personne sans son accord.

Bien que ces termes restent méconnus de nombreux adultes, ils font partie du quotidien numérique de nombreux.ses adolescent.e.s.
Les comprendre constitue une première étape pour mieux prévenir les risques et accompagner les jeunes lorsqu’ils en sont victimes.

Harcèlement scolaire et santé mentale : quelles conséquences à long terme ?

Les conséquences du harcèlement sur la santé mentale sont vastes et largement documentées.
Parmi de nombreux indicateurs, on peut citer en vrac : la consommation de psychotropes, les addictions, le taux d’emploi, le niveau d’étude ou encore le taux de divorce. 

Il est donc essentiel d’améliorer la prise en charge précoce de ces situations pour réduire autant que possible les dommages.

A plus court terme, les conséquences les plus fréquentes sont le décrochage scolaire (voire le dégoût scolaire), les troubles anxieux, l’isolement social et une baisse de l’estime de soi (ce qui engendre d’autres difficultés par effet domino).

Pourquoi certains enfants n'osent-ils jamais parler du harcèlement qu'ils subissent ?

Le plus souvent parce qu’ils ont la croyance, fondée ou non, que les adultes ne pourront ou ne voudront pas les écouter et les aider.
Le fait est que de nombreux jeunes ont vécu une ou plusieurs expériences durant lesquelles ils ont cherché de l’aide auprès des adultes sans en trouver.
C’est d’ailleurs ce constat qui a mené à la création du CRIH.
Les adultes capables d’avoir à la fois la bonne capacité d’écoute et les bonnes réactions de prise en charge sont peu nombreux.
Les équipes éducatives manquent de formation à ce sujet et de nombreuses situations demandent une expertise qui ne peut être atteinte qu’en se spécialisant dans le sujet, chose impossible pour un ou une enseignant.e

La crainte de représailles et la honte de ne pas parvenir à gérer seul la situation sont également deux motifs fréquemment mis en avant par les jeunes pour expliquer les dévoilements trop souvent tardifs.

Chez les enfants les plus jeunes, un autre motif de silence, plus rare cependant, est qu’ils ne veulent pas inquiéter les adultes et en particulier leurs parents.

Faut-il intervenir directement auprès du « harceleur » ?

La réponse est un grand oui mais l’on ne peut jamais se contenter de cela.
Le harcèlement est défini comme une dynamique de groupe et non une simple question d’agression interpersonnelles d’un auteur sur une victime.  C’est au niveau du groupe que ce joue le cœur d’une dynamique de harcèlement.

On ne peut pas imaginer solutionner une dynamique de groupe problématique en s’adressant exclusivement au membre le plus faible et le plus en souffrance du groupe (la victime).

Toutes les méthodes modernes et efficaces de prise en charge des situations de harcèlement impliquent de pouvoir travailler avec la cible, les auteurs et surtout, les témoins.

Le soutien et le soin individuel donnés à la victime sont des éléments importants d’une prise en charge mais ils ne peuvent suffire seuls à traiter la situation.

Comment reconstruire l'estime de soi après les faits ?

L’estime de soi est une caractéristique personnelle qui a pour particularité de se construire à travers le regard des autres. 
Reconstruire une estime de soi mise à mal passe par un double travail.

D’un côté, un.e psychologue pourra utilement soutenir le processus avec le jeune au travers d’un suivi psychothérapeutique court ou long.

D’un autre côté, un travail de réintégration au sein du groupe (souvent la classe) sera également bénéfique afin que le regard des autres élèves change et puisse renvoyer au jeune en souffrance une image plus positive.

Ma Vie en PLUS

Si vous êtes dans une situation de harcèlement vous pouvez contacter le CRIH (Centre de Référence et d’Intervention Harcèlement), une asbl du réseau Solidaris active sur le territoire Centre Charleroi et Soignies.

Si vous avez besoin, ou votre enfant, d’aide psychologique ; Solidaris intervient dans les remboursements.

Chez Solidaris, la santé mentale des jeunes est l’une de nos préoccupations, consultez notre site et découvrez les 10 priorités pour agir dès maintenant !