Et si nous étions collectivement responsables du mal-être des jeunes ?

Toutes les études le confirment : depuis plus de 20 ans, la santé mentale des jeunes se dégrade plus rapidement que celle du reste de la population. Loin d’être un simple phénomène passager, cette tendance est structurelle et mondiale.

Réchauffement climatique, guerres, pressions scolaires, précarité économique, isolement social, réseaux sociaux addictifs… Les jeunes générations grandissent dans un monde marqué par une accumulation inédite de menaces et de pressions.

Et si leur mal-être n’était pas uniquement liée à des fragilités individuelles, mais aussi le symptôme d’une société qui va mal ?

Des chiffres qui inquiètent

Face à la dégradation préoccupante de la santé mentale des enfants et des jeunes, Solidaris a conduit, en 2025, un travail de fond, en collaboration avec plus de 60 expert·e·s issu·e·s de disciplines variées.

Le constat est alarmant :

  • Entre 2008 et 2024, la proportion de jeunes de 15 à 24 ans présentant des troubles anxieux et/ou dépressifs a fortement augmenté. Aujourd’hui, près d’un jeune quatre est concerné*.
  • Les jeunes constituent la tranche d’âge la plus exposée aux idées suicidaires (8,3 % contre 5,5 % en moyenne)*.
  • Les troubles psychiques apparaissent de plus en plus tôt, parfois avant même l’adolescence.
  • Selon le Bureau fédéral du Plan, le niveau de bien-être des 16-24 ans atteignait en 2024 son niveau le plus bas depuis 20 ans.

Grandir dans un monde anxiogène

Les jeunes générations évoluent dans un contexte particulièrement difficile : crise climatique, tensions géopolitiques, fragilisation des démocraties, pression à la performance, difficultés financières, surexposition aux écrans et aux réseaux sociaux…

À cela s’ajoute une période de vie déjà marquée par de nombreux bouleversements identitaires, émotionnels et relationnels.

Les jeunes disposent souvent de moins de ressources personnelles, sociales ou matérielles pour faire face à ces pressions. Leur vulnérabilité n’est donc pas seulement individuelle : elle est aussi liée à leur environnement.

Comment grandit-on dans une société qui nous jette à la tête l’absurdité du monde, dans un univers où certains adultes font n’importe quoi ?* Fanny Gollier-Briant

La santé mentale ne dépend pas uniquement des soins

On réduit souvent la santé mentale à une question médicale. Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 70 % des déterminants de la santé mentale sont liés à des facteurs non médicaux.

La qualité du logement, la sécurité des revenus, les relations sociales, l’environnement scolaire, l’accès aux droits ou encore les perspectives d’avenir jouent un rôle majeur dans le bien-être psychique.

Autrement dit : améliorer la santé mentale des jeunes ne peut pas se limiter à augmenter le nombre de psychologues ou de psychiatres, même si cela reste indispensable. Il faut aussi agir sur les causes profondes du mal-être !

Repolitiser la santé mentale des jeunes

Pour Solidaris, il est essentiel de repolitiser la question de la santé mentale.

Le mal-être croissant des jeunes ne peut pas être compris uniquement comme une accumulation de difficultés individuelles. Il est aussi le reflet d’une société où beaucoup de jeunes ont le sentiment de manquer de perspectives, de reconnaissance et de prise sur leur avenir.

Cette souffrance naît aussi de promesses sociales non tenues : difficulté à se loger, peur du déclassement, crise écologique, précarité grandissante ou encore sentiment que les institutions ne répondent plus à leurs besoins fondamentaux.

Face à cela, Solidaris appelle à un véritable plan d’actions interfédéral pour la santé mentale des enfants et des jeunes, articulant explicitement santé mentale, conditions de vie et déterminants sociaux. Objectif : inscrire le bien-être des jeunes au cœur des politiques publiques !

Les jeunes ne sont pas “un problème”

Réduire la jeunesse à une génération fragile ou désengagée serait une erreur. Partout, des jeunes s’engagent dans des associations, des projets solidaires, des mobilisations écologiques ou citoyennes. Beaucoup expriment au contraire un fort désir d’agir et de transformer le monde qui les entoure.

Pour Solidaris, les jeunes doivent être considérés comme des acteurs centraux de la société, et non comme “un problème à gérer”. Cela implique de les écouter davantage, de reconnaître leur parole et de soutenir leur capacité d’action. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir : ils en sont déjà une force essentielle.

10 priorités pour agir

Pour répondre à l’urgence, Solidaris a formulé 10 priorités politiques visant à mieux prévenir les difficultés psychiques, améliorer l’accompagnement et agir sur les causes structurelles du mal-être :

  1. Créer un secrétariat d’État à la lutte contre la solitude.
  2. Fixer la majorité numérique à 16 ans et interdire l’accès aux réseaux sociaux en dessous de 13 ans.
  3. Doubler le nombre de pédopsychiatres en Belgique.
  4. Doter chaque commune d’une « délégation aux droits de l’enfant ».
  5. Aligner la durée du congé de paternité sur celui du congé de maternité.
  6. Atteindre un taux de couverture de 60 % en accueil de la petite enfance, dont 33 % de places financièrement accessibles.
  7. Doter chaque établissement scolaire d’un référent climat scolaire formé et certifié.
  8. Élargir le modèle au forfait des maisons médicales aux psychologues de première ligne.
  9. Mettre en place un dépistage systématique des troubles mentaux périnataux.
  10. Faire de l’école un espace réellement inclusif de la neurodiversité.

L’ambition est claire : construire une société plus stable, plus protectrice et plus émancipatrice pour les enfants et les jeunes.

Ces 10 priorités sont à découvrir en détail dans le mémorandum « La santé mentale des enfants et des jeunes » publié par Solidaris.

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* Enquête de santé Sciensano 2023-2024 – volet santé mentale – octobre 2025

* « Il faut absolument repolitiser la souffrance des jeunes » – Fanny Gollier-Briant dans Politis – 25 juillet 2025. Fanny Gollier-Briant est professeure associée et cheffe du service psychiatrie et développement enfants-ados-jeunes adultes au CHU de Nantes.