Violences conjugales : et les enfants dans tout ça ?
Les violences conjugales ne s’arrêtent pas à la porte de la chambre des enfants ! Même s’ils ne sont pas directement victimes de violences physiques, ou même témoin visuellement des épisodes violents, l’impact est important. On fait le point avec Clémence Moniquet, Chargée de projets chez Ça vaut pas l’coup, centre d’accueil, d’orientation et d’accompagnement des victimes de violences conjugales et leur entourage.
Est-ce que les enfants sont très impactés par les violences conjugales ?
Oui, les enfants entendent, ressentent et vivent dans un climat de tension et de stress. Ils sont en permanence sur le qui-vive. Ça laisse des traces, même des années après.
On entend souvent parler d’enfants exposés aux violences conjugales, mais ce terme est clairement insuffisant. L’enfant est victime de violences conjugales ! Il ou elle vit dans un climat d’insécurité, d’imprévisibilité et subit tout autant les conséquences des violences conjugales.
Quelles sont les conséquences des violences conjugales sur les enfants ?
Les conséquences sont assez lourdes sur le développement psychique, psychologique, relationnel et affectif de l’enfant. Cela peut aller de troubles du sommeil aux troubles du comportement ou de l’attention. L’enfant peut développer de l’anxiété, des symptômes dépressifs et parfois le syndrome du stress post-traumatique, même des mois, des années plus tard.
Est-ce que l’enfant fait face à un « conflit de loyauté » dans cette situation ?
Oui, malgré les violences, l’enfant va rester loyal envers ses parents, même envers l’auteur ou l’autrice des violences. Quoique ses parents puissent faire, ce sont ses figures parentales, ses figures d’attachement.
Souvent, l’enfant va consciemment ou inconsciemment, prendre la décision de rester dans le silence, par conflit de loyauté, mais aussi par peur de représailles. Ce conflit de loyauté est aussi observable chez l’adulte victime qui va se retrouver coincé dans un dilemme entre sa propre protection, la protection de l’enfant et la tentative de maintenir un lien entre le parent auteur ou autrice des violences et l’enfant. Et c’est justement ce point qui est complexe et qui nécessite un accompagnement bien spécifique.
Pourquoi est-ce difficile de partir lorsqu’on est victime ?
Quitter une relation violente est un processus long, complexe et souvent parsemé de doutes, de questionnements, de peurs, d’isolement, parfois même de dépendance économique, relationnelle ou affective. L’auteur ou l’autrice peut mettre en place différentes stratégies de contrôle, de domination et placer la victime dans un positionnement de doute par rapport au comportement de son·sa conjoint·e mais aussi par rapport à son propre comportement et à sa capacité à prendre des décisions, à partir. C’est pourquoi on doit accompagner les victimes et les aider à se détacher de cette relation.
Comment protéger les enfants ?
Protéger l’enfant, c’est d’abord pouvoir essayer de réinstaurer un sentiment de sécurité. Les enfants victimes de violences conjugales évoluent en permanence dans un climat imprévisible.
“Comment est-ce que papa va rentrer ce soir ?” “Est-ce qu’il va être en colère ?” “Si je dis ça, est-ce qu’il va être violent ?”
On doit réintégrer un peu de prévisibilité, un climat plus stable pour permettre à l’enfant de sortir de son hyper vigilance permanente. On pourra ensuite nommer les choses.
“Ce que tu vis n’est pas normal. Ce n’est pas autorisé et c’est puni par la loi. Ton parent n’a pas le droit de faire ça et il y a des adultes qui sont là pour t’accompagner.” Pouvoir nommer les choses, c’est déjà une forme de protection.
Où trouver de l’aide ?
Il y a plusieurs services qui existent pour accompagner les adultes victimes de violences conjugales dont notre service, Ça vaut pas l’coup, qui offre un accompagnement, une écoute et une orientation via un accompagnement social, psychologique et juridique. On travaille avec les parents et non les enfants. Prendre conscience de l’impact fort et durable des violences sur son enfant est souvent un levier pour passer à l’action. Le centre Ecout’Emoi s’occupe, quant à lui, des enfants victimes et leurs familles.
Ma vie en PLUS
Si des enfants victimes regardent cette vidéo ou lisent cet article, si vous en avez l’énergie et les moyens, parlez à des adultes de confiance. Votre médecin, institutrice, instituteur, prof de sport, voisin·e ou une personne de confiance dans la famille… Parler, c’est le début pour en sortir…