Appareil dentaire : le prix du sourire de nos enfants creuse les inégalités
Les appareils dentaires font aujourd’hui partie du parcours de soins de nombreux enfants. Pourtant, en Belgique, le coût réel des traitements orthodontiques peut représenter un obstacle important pour certaines familles.
Dans une nouvelle étude, Solidaris met en évidence des inégalités d’accès aux soins orthodontiques liées au niveau de revenus, dans un contexte où la grande majorité des orthodontistes ne sont pas conventionnés et pratiquent des tarifs libres.
Plus de consultations mais pas pour tout le monde
Entre 2014 et 2024, les consultations pour des soins orthodontiques ont augmenté en Wallonie. Aujourd’hui, près d’un enfant sur trois âgé de 9 à 16 ans a eu au moins un contact avec un·e professionnel·le pour un problème d’orthodontie.
Pourtant tous les enfants ne sont pas égaux face à ces soins. Si 1 enfant, issu d’un ménage plus favorisé, sur 3 consulte pour des soins orthodontiques, ce chiffre tombe à 1 enfant sur 4 parmi les familles bénéficiant de l’intervention majorée (BIM).
Le même constat apparaît lorsqu’on regarde les revenus : les enfants des ménages les plus aisés consultent davantage et commencent plus souvent un traitement.
Un traitement long et coûteux
Un traitement orthodontique classique dure longtemps. En moyenne, il s’étend sur un peu plus de trois ans et comprend de nombreuses consultations pour poser l’appareil et suivre son évolution.
Sur le papier, le coût devrait rester limité grâce au remboursement de l’assurance obligatoire. Sans suppléments d’honoraires, un traitement complet coûterait environ :
- 244 € pour un·e patient·e bénéficiaire ordinaire
- 0 € pour un·e patient·e bénéficiant de l’intervention majorée (BIM).
Mais dans la pratique, la facture est souvent bien plus élevée.
90 % des orthodontistes ne sont pas conventionné·e·s
La principale raison de cette hausse des coûts est le faible nombre de praticien·ne·s conventionné·e·s.
Aujourd’hui, plus de 9 orthodontistes sur 10 travaillent hors convention. Cela signifie qu’ils peuvent fixer leurs propres tarifs et appliquer des suppléments d’honoraires. Résultat : 70 % des prestations orthodontiques comportent des suppléments.
Une facture qui peut dépasser 2.000 €
En analysant les factures de patient·e·s, l’étude de Solidaris montre que le coût réel d’un traitement est très éloigné du tarif théorique.
En moyenne (coût médian), les familles paient :
- environ 2.288 € pour un·e patient·e bénéficiaire ordinaire
- environ 2.044 € pour un·e patient·e BIM.
Même avec les interventions de l’assurance complémentaire et d’une assurance dentaire, le reste à charge du ou de la patient·e peut encore dépasser 1.000 €.
Pour certaines familles, ces montants représentent un frein important.
Une réforme prévue en 2027
Une réforme des règles de remboursement des soins orthodontiques est actuellement en préparation et devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2027. Objectifs : adapter les tarifs aux pratiques actuelles, mieux financer le secteur et garantir un meilleur accès aux soins pour tou·te·s.
En attendant sa mise en œuvre, le dernier accord national dento-mutualiste prévoit l’introduction de tarifs maximaux, c’est-à-dire des dépassements d’honoraires plafonnés. Selon Solidaris, cette mesure pourrait aussi faire augmenter les prix si les praticien·ne·s s’alignent sur ces plafonds.
Les propositions de Solidaris
Face à ces constats, Solidaris formule plusieurs recommandations :
- L’augmentation des remboursements pour les patient·e·s bénéficiant de l’intervention majorée (BIM), en utilisant le budget de 18 millions non utilisé dans l’objectif budgétaire des soins dentaires ;
- L’intégration des tarifs maximaux dans le maximum à facturer, afin de mieux protéger les patient·e·s contre des dépenses trop élevées ;
- Une meilleure reconnaissance des situations où un traitement orthodontique est médicalement nécessaire, afin d’améliorer leur remboursement.
Un enjeu d’égalité en matière de santé
Pour Solidaris, un constat s’impose : l’accès à un traitement orthodontique ne devrait pas dépendre du revenu des parents.
La réforme prévue en 2027 représente donc une occasion importante de réduire les inégalités et de garantir un accès plus équitable aux soins orthodontiques pour tous les enfants.
Ma vie en PLUS
L’étude de Solidaris est à découvrir dans son intégralité sur le site de l’Institut Solidaris.