Quand consulter un·e logopède avec son enfant ?
En plein apprentissage de la parole, les sons se mélangent et les prises de paroles sont parfois hésitantes. Alors quand faut-il s’inquiéter ? Quand faire appel à un·e logopède ? Emmanuelle Frontin, logopède en centre PMS, nous aide à mieux comprendre le rôle de la logopédie, les signes à observer et l’intérêt d’un avis éclairé.
En quoi consiste le métier de logopède ?
La logopédie couvre la sphère ORL ainsi que la sphère de la communication au sens large. On fait principalement de la rééducation, pour des patient.e.s de tous âges et pour différents types de pathologies : des troubles du langage oral, des troubles du langage écrit, des troubles de la parole. Ensuite, on intervient aussi dans des domaines plus spécifiques comme les troubles d’apprentissages, les troubles de la déglutition ou encore pour les difficultés liées à l’alimentation.
Nous travaillons aussi beaucoup en réseau. Lorsqu’une difficulté dépasse notre champ de compétences ou qu’un trouble plus global est suspecté, nous collaborons avec d’autres professionnel·le·s, comme les neuropédiatres, les pédopsychiatres, les neuropsychologues, etc.
Pourquoi un enfant consulte-t-il généralement un·e logopède ?
Ces dernières années, on observe beaucoup de suspicions de troubles du spectre de l’autisme chez les tout-petits. Ce sont des enfants qui communiquent très peu avec le monde extérieur, avec des répercussions dans leur quotidien et leur vie scolaire.
On rencontre aussi de plus en plus d’enfants qui viennent pour des troubles du langage lorsqu’ils sont petits, parce qu’on ne les comprend pas correctement. C’est très fréquent dans les classes maternelles. On voit également davantage d’enfants pour des troubles d’apprentissage : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie. Mais je ne pense pas qu’il y en ait plus, on les détecte surtout plus tôt. Les enseignant·e·s repèrent les difficultés et alertent les parents plus rapidement qu’avant.
Comment savoir si le langage de mon enfant se développe bien ?
En général, quand les parents ont une intuition, il y a souvent quelque chose. Il arrive de plus en plus souvent que l’on reçoive des parents préventivement, parce qu’ils ont remarqué certaines choses : « Le petit cousin parle mieux », « Je me souviens que mon premier, à cet âge-là, parlait quand même mieux », « J’ai vu des vidéos », etc. Mais parfois, il ne s’agit que d’inquiétudes. Dans tous les cas, ils peuvent venir consulter simplement pour demander un avis. Nous disposons de tests standardisés et de grilles d’observation qui nous aident à situer le développement de l’enfant.
Ensuite, l’école joue souvent un rôle important dans le repérage. L’enseignant observe l’enfant au sein d’un groupe du même âge. Il peut remarquer qu’il communique peu, qu’il est difficile à comprendre, qu’il interagit peu avec les autres ou qu’il manifeste beaucoup de frustration parce qu’il n’arrive pas à exprimer ses besoins.
Comment se déroule une première consultation ?
Avant tout, je recommande toujours une vérification de la vue et de l’audition, même chez des enfants qui ne parlent pas, afin d’écarter tout problème de ce côté-là.
Ensuite, je reçois les parents pour discuter de l’objet de leur venue. Je réalise une anamnèse, c’est-à-dire que je recueille les informations sur le développement de l’enfant et les difficultés observées. Puis, j’analyse la manière dont l’enfant communique et interagit avec son parent, et enfin, je réalise une évaluation plus spécifique de l’enfant en fonction de la demande exprimée.
Après ce bilan, plusieurs suites sont possibles. Une prise en charge est proposée. Il est aussi possible de donner quelques conseils à appliquer à la maison, d’observer l’évolution et de prévoir une nouvelle évaluation 6 mois plus tard. Et parfois, on en reste là parce que tout va bien !
Consulter un.e logopède signifie-t-il forcément que mon enfant a un trouble ?
Non. Ce n’est pas parce qu’on vient chez un·e logopède qu’on va avoir un suivi de 30 minutes deux fois par semaine. Parfois, l’évaluation montre que l’enfant évolue dans la norme et qu’il n’a pas besoin de suivi. Les parents repartent alors rassurés, avec des balises et des conseils.
Une difficulté isolée ne suffit pas non plus à poser un diagnostic. Confondre occasionnellement certaines lettres ou inverser des chiffres ne signifie pas automatiquement qu’un enfant est dyslexique ou dyscalculique. Nous évaluons la situation dans son ensemble avant de proposer, ou non, une rééducation.
A partir de quel âge peut-on consulter ?
Je pense que c’est très important de consulter dès que le parent observe, même à deux ans et demi, que son enfant ne parle pas comme les autres. L’émergence du langage se fait entre deux ans et maximum trois ans. À trois ans, un enfant doit être compris par n’importe quel adulte.
Il y a vraiment ce mythe : pas de logopédie avant quatre ans. Or, on peut commencer la logopédie bien avant cet âge, en guidance parentale. Chez les tout-petits, j’aime bien que le parent soit là pour qu’il interagisse avec son enfant, parce que c’est lui qui accompagne l’enfant au quotidien. Un·e logopède, 30 minutes, ce n’est pas suffisant, même deux fois par semaine.
Pourquoi est-il important d’agir tôt ?
Il faut agir tôt parce que le langage oral, c’est la base de tout. De nombreuses études en science de l’éducation le prouvent. Un enfant qui parle correctement, qui fait de grandes phrases, qui a un bon vocabulaire aura plus de facilités pour apprendre à lire, à écrire et à calculer. À l’inverse, des lacunes déjà présentes à trois, quatre ou cinq ans peuvent avoir des répercussions sur toute sa scolarité. Donc, plus on agit tôt, mieux c’est.
Le rôle des logopèdes en centre PMS est aussi d’assurer cette prévention. On insiste pour que les enfants à risque soient détectés tôt, afin mettre des choses en place en classe, à la maison et en cabinet, en parallèle, si nécessaire. Quand le trouble du langage oral est déjà bien installé à quatre ou cinq ans, cela peut avoir un impact sur sa compréhension du monde et, plus largement, sur sa compréhension en général.
Quel rôle les parents peuvent-ils jouer au quotidien ?
Les parents et les adultes de référence jouent un rôle central parce qu’ils interagissent au quotidien avec l’enfant. En fonction de ce qu’on observe, on peut conseiller des livres, de petits jeux ou des manières d’interagir avec l’enfant. Il est aussi important d’observer son évolution et de revenir consulter si les difficultés persistent.
À l’école, les enseignant·e·s sont aussi un soutien essentiel pour l’évolution de l’enfant. Ils peuvent, sur les conseils du ou de la logopède, insister sur certains points, réexpliquer et valoriser toutes les tentatives d’expression.
Ma vie en PLUS
Solidaris vous propose un remboursement intégral du ticket modérateur des séances logopédiques. N’hésitez donc pas à demander un avis : que ce soit pour mieux comprendre une difficulté, être rassuré·e ou accompagner votre enfant au bon moment.