Quand la maladie frappe un parent, faut-il en parler aux enfants ?

Face à une maladie grave, de nombreux parents sont tentés de protéger leurs enfants en évitant d’aborder le sujet. Pourtant, les plus jeunes perçoivent bien plus qu’on ne l’imagine : comment leur parler ? À partir de quel âge ? Avec quels mots ? Cristina Pina Prata, pédiatre et Sophie Felice, psychologue clinicienne au Centre médical pédiatrique Clairs Vallons, répondent aux questions que se posent de nombreux parents.

Pourquoi est-il important de parler de sa maladie à ses enfants ?

Il peut être tentant de vouloir protéger son enfant en évitant d’aborder le sujet mais même très jeune, l’enfant perçoit tout : les changements, les silences, les tensions, les regards… Lorsqu’on ne met pas de mots, son imagination prend le relais et ses interprétations peuvent aller dans tous les sens.

Lui parler, c’est offrir des repères concrets et sécurisants pour lui permettre de comprendre ce qu’il se passe autour de lui.

À partir de quel âge un enfant peut-il comprendre qu’un parent est gravement malade ?

Dès 3-4 ans, les enfants ressentent les perturbations autour d’eux et ont besoin de savoir ce qu’il se passe.

A cet âge, on utilise des mots simples : « Papa est malade. Pour combattre les microbes, il doit aller souvent à l’hôpital et prendre des médicaments ».

Il est important de donner quelques explications concrètes car les jeunes enfants ont tendance à chercher des causes liées aux événements.

Par exemple : un enfant peut croire qu’un de ses parents est à l’hôpital car il est en colère contre lui.

Il vaut donc mieux nommer ce qu’ils perçoivent déjà mais aussi les préparer aux changements dans leur quotidien.

À partir de 6-7 ans, l’enfant développe une pensée plus logique : il peut comprendre que la maladie touche un organe, que des traitements sont nécessaires et qu’il faut du temps pour guérir.

À l’adolescence, le discours peut être plus direct et explicite.

Néanmoins, même à cet âge, l’accompagnement émotionnel reste essentiel.

Comment, en tant que parent, se préparer à cette annonce difficile ?

Il est normal de redouter ce moment. Il n’existe pas d’annonce « parfaite ». Ce qui est important, c’est de s’y préparer ; sélectionner les mots qui seront utiliser pour s’ajuster au mieux à l’enfant et en anticipant ses questions.

Il peut être utile d’en parler d’abord avec un proche ou un·e professionnel·le.

Il est aussi recommandé d’annoncer suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que les premiers signes visibles (physique) ou invisibles (ex : les allers-retours à hôpital) de la maladie n’apparaissent. Cela permet à l’enfant de comprendre ce qui se passe et de ne pas interpréter seul les changements qu’il perçoit autour de lui.

Voici quelques conseils concrets pour préparer ce moment :

  • Choisir un endroit familier pour l’enfant et calme
  • Choisir un moment où l’enfant sera disponible émotionnellement (éviter les moments de transitions comme avant l’école, le repas ou d’aller au lit).
  • Se préparer à recevoir les émotions de l’enfant et donc des réactions variées (colère, pleurs, silence, …).
  • Donner des repères clairs afin d’anticiper la suite : voilà ce qu’il devrait se passer dans les jours ou semaines à suivre…
  • Rappeler à l’enfant qu’il peut venir, à tout moment, poser ses questions (ou les écrire) au parent ou à toute autre personne de confiance.
  • Être à deux permet aussi de soutenir mutuellement le discours face à l’enfant.

 

Quels mots utiliser ? Y a-t-il des choses à dire et d’autres à éviter ?

Avant tout, il est utile de réguler les informations en fonction de ce que l’enfant nomme et questionne : on suit son rythme.

On répond à ses questions mais sans devancer ce qu’il n’a pas encore formulé car cela pourrait susciter des inquiétudes ou des interrogations qui ne le préoccupaient pas jusque-là.

Il est préférable d’éviter les formulations adoucies ou les expressions floues comme « c’est un petit souci » ou « maman est partie se reposer », qui peuvent prêter à confusion.

Il est essentiel de nommer la maladie avec des mots clairs comme « traitement », « cancer » ou « opération », selon ce que vit le parent et toujours en tenant compte de l’âge de l’enfant.

Comment répondre à des questions difficiles comme : « Est-ce que tu vas mourir ? »

On peut répondre avec honnêteté tout en étant suffisamment clairs :  » Je ne sais pas exactement ce qui va se passer. En revanche, ce que je sais, c’est que les docteurs s’occupent au mieux de moi. »

Cette question traduit en réalité les peurs de l’enfant pour l’avenir : “S’il arrive quelque chose à mon papa ou ma maman, que va-t-il m’arriver ? Qui va s’occuper de moi ?”

Donc, il est important de rassurer l’enfant en lui rappelant qu’il est accompagné, qu’il y a des personnes de référence qui sont là et qui prennent soin de lui.

Que faire si l’enfant refuse de parler ou semble ne pas réagir ?

Le silence ou l’absence de réaction ne signifie pas l’absence d’émotion.

On peut observer d’autres signes qui s’expriment par le corps : de l’agitation (à l’école, à la maison), de l’intolérance à la frustration, des difficultés à l’endormissement, des perturbations du sommeil (réveils successifs, cauchemars) ou encore un désinvestissement à l’école (parce que trop envahi par ses pensées). Il faut donc y rester attentif·ve.

C’est important de respecter le silence de l’enfant tout en restant présent, en proposant des moments calmes (via le jeu ou une activité) qui permettront d’ouvrir des espaces sécurisants où l’enfant pourra peut-être plus facilement déployer ses inquiétudes et ses questionnements.

Quelle place pour l’émotion du parent ? Peut-on pleurer devant son enfant ?

Oui, on peut tout-à-fait pleurer devant son enfant. Cela lui montre que c’est une réaction normale face aux émotions.

En revanche, ce qui risque d’insécuriser l’enfant est une émotion non contenue ou débordante.

L’enfant peut se sentir impuissant, voire responsable de l’état émotionnel de son parent. L’idée est de pouvoir accompagner ce moment avec des mots rassurant : « Je pleure car je suis triste mais ça va passer. Tu n’as rien fait de mal. C’est normal d’avoir des moments difficiles ».

Quel rôle peut jouer l’école ou un autre adulte de confiance ?

L’école représente un repère essentiel pour l’enfant.

C’est important d’informer l’enseignant·e de ce que traverse la famille (sans entrer dans les détails). Cela lui permettra de mieux comprendre certaines réactions de l’enfant (agitation, repli sur soi, baisse de concentration) et d’adapter son fonctionnement pour le soutenir dans l’épreuve.

En dehors de l’école, un·e adulte de confiance (un membre de la famille, un parrain, une marraine, un·e ami·e proche) peut aussi jouer un rôle précieux. Une figure tierce, stable et disponible, à laquelle l’enfant peut se confier s’il en a le besoin.

 

Quand faire appel à un·e psychologue pour l’enfant ?

Il peut être utile de consulter un·e psychologue lorsque l’enfant manifeste des signes de mal-être qui durent dans le temps : troubles du sommeil, repli sur soi, crises de colère fréquentes, douleurs physiques inexpliquées (comme des maux de tête ou de ventre), perte d’appétit,…

Mais une démarche préventive est tout aussi précieuse : un accompagnement psychologique peut offrir à l’enfant un espace de parole sécurisé, extérieur à la famille, pour exprimer ce qu’il ressent sans crainte de peser sur ses proches ou de fragiliser le lien familial.

Ma vie en PLUS

Et si on se sent incapable d’en parler ?
Se sentir dépassé·e est une réaction normale face à une situation difficile. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.
Un·e professionnel·e peut vous accompagner pour préparer ce moment, ou même être présent (si celui-ci est connu de l’enfant) lors de l’annonce. Il est aussi possible de s’appuyer sur un.e proche de confiance. Ce qui compte avant tout, c’est que l’enfant reçoive une explication claire, dans un cadre rassurant où il aura la possibilité de poser ses questions.

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