Tabac, insomnie, migraines… et si l’hypnose pouvait vous aider ?

L’hypnose est une technique diagnostique et thérapeutique reconnue depuis plus d’un siècle par la majorité des sociétés médicales occidentales. Tabagisme, insomnies, migraines, allergies, problèmes de poids … L’hypnose clinique contemporaine est une révolution en médecine fonctionnelle, psychosomatique et en psychothérapie. Pourtant, la pratique, encore méconnue du grand public, peut parfois susciter de la méfiance ou être confondue avec l’hypnose de spectacle. Rencontre avec le docteur Eric Mairlot, neuro-psychiatre et fondateur de l’Institut de Nouvelle Hypnose à Bruxelles.

Qu’est-ce que l’hypnose thérapeutique ?

C’est un état modifié de conscience naturel qu’on induit par des techniques de communication. Le grand public pense parfois que c’est un état surnaturel mais ce n’est pas du tout le cas ! On l’utilise toute sa vie, surtout dans l’enfance, période durant laquelle on peut rêvasser sans se mettre de pression.

Lorsque l’on se trouve en état d’hypnose, notre cerveau est capable de trouver facilement des solutions face à une situation qui nous inquiète ou à un dysfonctionnement physique.

J’ai souffert de migraines ophtalmiques pendant des années, je pouvais perdre la vue pendant 15 à 20 minutes lorsque la crise survenait. Lorsque j’ai suivi mon premier cours sur l’hypnose médicale dans les années 80 à Genève, j’ai compris que je pouvais pratiquer l’auto-hypnose pour couper ces migraines dans l’œuf. C’est ce que j’ai fait ! En 10 séances, j’ai appris à contrôler mes migraines et à les faire disparaitre en quelques minutes seulement. Ce fut une révélation.

Dans le traitement de quelle pathologie peut-on utiliser l’hypnose ?

L’hypnose peut traiter tous les problèmes psychosomatiques que la volonté n’arrive pas à résoudre. On ne peut pas guérir une dépression par sa seule volonté, même chose pour les traumas liés à un inceste ou un viol par exemple.

On peut lister plusieurs champs d’action :

  • Les émotions : angoisses, tristesse, colère, dégoût… Les peurs sont les plus facile à travailler.
  • Les troubles du comportement : addictions (tabac, drogue, sucre…), troubles alimentaires (excès de poids, boulimie…), manies ( ex : personnes qui s’arrachent compulsivement les cheveux) …
  • Dysfonctionnements de la pensée : obsessions, pensées irrationnelles ou intrusives, stress post-traumatique…
  • Dysfonctionnements psychosomatiques du corps : asthme, allergies, colon irritable, migraines, problèmes hormonaux, infertilité…
  • Troubles du comportement sexuel : éjaculation précoce, manque de désir, vaginisme, problème de puissance sexuelle…

Je propose, par exemple, un programme de sevrage tabagique en 5 séances de groupe. 95 à 100% de mes patient·e·s arrêtent de fumer après les séances. Un an plus tard, ils sont toujours 85% à en être libéré. J’ai même réussi à sevrer une patiente de 85 ans qui fumait depuis 55 ans !

Comment se déroule une séance d’hypnose ?

La·le patient·e prend la position de son choix : assise, semi-assise, couchée… Grâce à des techniques particulières de communication, on parvient à accéder à des ressources psychocorporelles d’autoguérison. En état hypnotique, on augmente la neuroplasticité cérébrale, on est beaucoup plus réceptif à de nouvelles solutions et on crée de la sécurité.

Personnellement, j’utilise l’hypnose phénoménologique, j’identifie les phénomènes hypnotiques négatifs que le cerveau utilise pour dysfonctionner. Quelle pensée produit l’angoisse, quelle image produit telle émotion, comment la pensée devient une autosuggestion négative.

Prenons l’exemple de la phobie des araignées. La personne phobique est hypnotisée négativement par l’objet de sa phobie et est envahie de fausses croyances. Elle se convainc que l’araignée est dangereuse. C’est de l’autosuggestion négative. On va donc remplacer cela par de l’auto-hypnose positive. Quand la personne comprend qu’elle produit elle-même ces pensées, la peur diminue.

C’est très important pour moi de proposer des formations à l’auto-hypnose car la discipline doit être accessible à tous et toutes aussi bien au niveau financier qu’en termes de disponibilités.

Quand je suis en état hypnotique, les mots sortent de ma bouche sans que j’y réfléchisse. Parfois, ce que je dis me fait rire. C’est vraiment l’inconscient qui parle. C’est fabuleux de ne plus penser. Je reste tout à fait consciente de ce qui se passe mais mon cerveau est libre en quelque sorte. Tout devient plus clair. Louise, patiente.

Est-ce qu’il y a des personnes plus réceptives que d’autres ?

Je pratique depuis plus de 35 ans et je compte sur les doigts d’une main les patient·e·s hermétiques à l’hypnose. Etonnement, c’est sur les personnes dubitatives que cela fonctionne le plus facilement. Les gens qui y croient trop se font parfois une idée préconçue de la séance avec des attentes qui ne correspondent pas à la réalité. Les sceptiques, qui font la démarche de franchir la porte de mon institut, sont relativement ouverts à la découverte puisqu’ils ou elles viennent malgré leur scepticisme donc ça fonctionne bien.

Est-ce que nous sommes manipulables sous hypnose ?

Non, c’est l’inverse, on est beaucoup plus conscient·e·s de nos besoins, de nos envies et de nos limites. L’état hypnotique nous protège de la manipulation. Le grand public associe souvent l’hypnose aux performances scéniques d’artistes comme Messmer par exemple. Ce n’est pas de l’hypnose ! C’est de la soumission à une autorité dans le but de divertir. Bien que, dans les deux cas, on soit dans un état modifié de conscience, l’hypnose clinique ne repose pas du tout sur les mêmes principes. Je vous invite à lire l’article que j’ai écrit sur le sujet.

Qui peut pratiquer ce type d’hypnose ?

Malheureusement, il n’existe pas de formation officielle en Belgique donc les praticien·ne·s passent par des certifications privées qui ne se valent pas toutes. C’est une technique médicale et la pratiquer sans formation professionnelle préalable est un exercice illégal de la médecine mais dans les faits, ça se fait. C’est pour cela que j’ai créé l’Institut de Nouvelle Hypnose, ma certification, reconnue par l’INAMI, est un gage de qualité.

Ma vie en PLUS

Si vous souhaitez tester l’hypnose, choisir un·e psychologue formé·e à l’hypnose est un choix judicieux puisque Solidaris rembourse vos séances de psychologie à hauteur de 20€ par séance et jusqu’à 400€ par an.