Burn-out : « le corps sait ! »
Lisette Lombé, poétesse, slameuse et auteure du livre « La magie du burn-out », nous raconte son burn-out… La surcharge, la chute, la pause et la renaissance. Un témoignage inspirant à lire, écouter et regarder encore et encore…
Pouvez-vous nous raconter votre burn-out ?
C’était en janvier 2015, juste après les vacances de Noël. J’étais animatrice et travailleuse sociale dans un mouvement féministe. Après une réunion d’équipe houleuse, mon corps a dit stop. J’ai commencé à pleurer sans pouvoir m’arrêter et, dans la rue, j’ai été victime d’un épisode de décompensation. Tout était trouble autour de moi. Je ne sais pas comment j’ai retrouvé ma voiture ni comment je suis arrivée aux urgences de l’hôpital. C’est le jour du craquage, la chute.
Comment avez-vous vécu l’arrêt de travail qui a suivi ?
Je pense que c’est la psychiatre, qui m’a mis en certificat longue durée, qui m’a sauvée. Elle m’a dit : « Je vais envoyer un signal fort à vos employeurs pour qu’ils sachent que ce n’est pas une bronchite, ni une grippe mais quelque chose de plus grave. » Ça m’a fait un électrochoc car je voulais retourner travailler assez vite et je pensais qu’une semaine ou deux de repos feraient l’affaire.
Etant une travailleuse très consciencieuse, je me sentais très coupable par rapport à ce certificat. En réalité, mon corps me parlait et c’est lui qui me disait que je n’étais pas prête. Chaque fois que je passais devant mon lieu de travail, situé juste à côté de chez moi, j’avais très mal au ventre. J’ai donc commencé à adopter une série de conduites d’évitement. Au lieu d’aller faire mes courses par le chemin classique, je contournais mon lieu de travail pour ne pas croiser mes collègues ou les participant·e·s des ateliers que j’animais.
Le corps sait plus que la tête. Il sait s’il est prêt ou non à recommencer le travail. L’acceptation que la machine est cramée prend du temps.
Avez-vous ressenti des signes avant-coureurs ?
Oui, beaucoup mais je ne les ai pas écoutés. J’ai d’abord eu des insomnies avec les « to do » du lendemain qui hantaient mes nuits. Ensuite, j’ai souffert de maux de tête violents (algies vasculaires de la face). Ces douleurs liées au stress intense que je vivais étaient en train de me dire que j’étais dans la zone rouge mais je n’ai pas voulu l’entendre.
Comment ont réagi vos proches ?
Mon papa m’a dit : « On n’aurait pas pu t’aider puisque tu ne nous l’as pas dit ». Je me sentais honteuse et coupable au début donc j’ai minimisé la chose auprès de mes proches. Pour les personnes qui n’ont pas vécu de burn-out, c’est souvent difficile à comprendre. Je pense que c’est plus simple si on a une jambe cassée. Dans ce cas-là, c’est clair, l’aide peut être concrète. A l’inverse, quand on parle de santé mentale, ça peut faire peur et les gens ne savent pas vraiment comment aider, comment se rendre utile.
Vous parlez de « magie du burn-out » dans votre livre. Qu’y-a-t-il de magique dans le burn-out ?
Mon corps a dit stop ! Il m’a éjecté du chemin. Il m’a lancé dans les ronces, dans un endroit qui fait mal et qui abîme. Et en même temps, ce burn-out a été une halte salvatrice. C’est dommage mais je ne me serais jamais posée si je n’y avais pas été contrainte. J’ai eu droit à ce temps d’introspection, de réflexion sur les mécanismes du travail et mon propre fonctionnement. C’est pour cela que je parle de magie. Ce burn-out a changé ma vie, pour le mieux.
Comment est-ce que ce burn-out a changé votre vie ?
J’ai toujours eu une fibre artistique. L’écriture et la poésie sont revenues au galop à ce moment-là. Comme si je devais me concentrer ce qui m’animait vraiment. Lorsque je suis montée sur scène pour la première fois, pour déclamer un texte, j’ai senti qu’il se passait quelque chose dans mon corps. A la descente de scène, j’ai dit à ma maman qui était présente, que je ne retournerais plus jamais sur mon lieu de travail. Aujourd’hui, je vis de mon art.
J’ai aussi appris à appréhender les limites de mon corps. Quand je travaille trop ou que ma force de travail n’est pas respectée, j’ai des petites antennes qui sortent pour me dire : « Attention : il faut rectifier le tir ! ».
Qu’auriez-vous envie de dire aux personnes qui sont en train de chuter vers le burn-out ?
Je voudrais leur dire que le repos n’est jamais un luxe ! Nous sommes comme des terres, comme des saisons. Nous avons besoin d’un temps de jachère, de redevenir bourgeon dans une société qui court et dans laquelle on ne peut prendre le temps de respirer.
J’ai deux grands enfants qui finissent leurs études. Un jour, j’ai entendu mon papa leur dire : « Vous savez, dans cette famille, tout le monde a raté une année. Une année pour réfléchir ou changer de cap, ce n’est jamais une année perdue. » Il avait tellement raison…
J’ai écrit « La magie du burn-out » en étant connectée aux personnes qui sont actuellement concernées par la problématique. Ayant pu avancer sur le chemin de la guérison, j’ai écrit, dans ce livre, une série de lettres à destination des personnes qui sont dans la phase aigue de la crise. Je voulais leur dire que ça prend du temps mais que ça va aller…
Ma vie en PLUS
« La magie du burn-out » est disponible en libraire et sur les sites de vente en ligne. Lisette Lombé organise des workshops de slam, d’écriture et de coaching scénique. Son nouveau clip, « Les pelages rampants », dont vous apercevez des extraits dans son témoignage vidéo, sortira tout prochainement. Toute l’actualité de Lisette Lombé est à retrouver sur sa page Facebook.
Si vous souffrez de problème de santé mentale, ne restez pas seul·e. N’hésitez pas à consulter votre médecin traitant, un·e psychologue ou tout autre professionnel·le en santé mental. Des psychologues sont à votre disposition, en ligne, via la plateforme Doktr. Solidaris intervient dans le remboursement de vos consultations psychologique.
Crédits vidéos :
16 bars, Amin Ben Driss, 2019
Qui oubliera?, Lisette Lombé, Autodéfense poétique, La Démise en boîte, 2023
Spectacle Brûler Danser, Cloé du Trèfle/ Lisette Lombé, Elisa VDK, 2022
Les pelages rampants, Eléonore Coyette / Lokah. Productions, 2025