Comment parler de sexe avec notre partenaire ?
On s’aime, on partage tout… ou presque. Mais quand il s’agit de parler de sexe avec notre partenaire, le malaise s’installe. Pourquoi est-ce si difficile d’en discuter ? Estelle Pirotte, sexologue au Centre de Planning familial Soralia de Charleroi, partage ses conseils pour ouvrir le dialogue en douceur.
Ressentir de la gêne, c’est normal !
On ne nous apprend pas à parler de sexualité. Même au sein d’un couple, il n’est pas toujours évident d’exprimer ses envies. La sexualité, c’est pourtant un accordage entre deux personnes. Cela commence par connaître ses propres besoins et envies, à travers l’expérience, le dialogue, les essais… et parfois les erreurs.
« Parler de sexualité, ça s’apprend comme on apprend à parler de ses émotions », explique Estelle. “Parfois on ne trouve pas les mots et c’est ok.” Parler de sexualité, c’est se construire un espace de confiance et d’écoute dans son couple pour une sexualité épanouie.
Choisir le bon moment pour en parler
« On peut faire l’amour entre deux portes, mais on ne discute pas entre deux portes ! »
En effet, le couple doit être dans de bonnes dispositions pour entamer une discussion. Pour que la conversation soit constructive, mieux vaut la lancer dans un moment calme et complice où chacun donne toute son attention à l’autre : lors d’une balade, d’un soir tranquille, ou même au restaurant. C’est pourquoi, on évite à tout prix de parler de cela quand on est pris dans l’émotion d’une dispute.
Les clés d’une communication saine
- Parler en “je”, pas en “tu” : Plutôt que de pointer du doigt les problèmes, parlez de ce que vous ressentez, vous souhaitez, vous aimez. Cela permet à votre partenaire de ne pas se sentir jugé·e. Car il n’est pas possible d’avoir une discussion constructive si l’autre est irrité·e, braqué·e. “On dira par exemple « Quand on a des rapports sexuels, j’ai besoin qu’on teste cette position-là parce que ça me donnerait plus de plaisir que celles qu’on pratique actuellement ».
- Pratiquer l’écoute active : la communication inclut aussi une écoute active, sans interruption. Écouter l’autre, c’est lui offrir un espace pour s’exprimer librement, en toute confiance. C’est aussi pour cela qu’il faut bien choisir son moment.
- Valoriser ce qui fonctionne déjà : Parler sexe, ce n’est pas seulement pointer ce qui coince, c’est aussi valoriser ce qui fait du bien. « J’aime quand on discute avant, qu’on se met bien, qu’on se caresse, etc. » : des retours positifs renforcent la complicité et la confiance du couple.
Dire “je ressens”, “j’ai besoin”, “j’aimerais”, c’est une manière saine d’amener le sujet.
Déconstruire les freins et les représentations
Aujourd’hui, les jeunes découvrent la sexualité via le porno. Or, cette multitude de contenus prônent des performances sexuelles complètement déconnectées de la réalité : pas de consentement, pas de dialogue, pas d’érotisation.
Parler de sexe, c’est aussi remettre en question ces standards et affirmer ce qui est vrai pour soi, pour son corps, pour son couple. « Je n’ai pas besoin que tu tiennes 4h pour avoir du plaisir.”
Utiliser le jeu pour libérer la parole
Cependant, certaines personnes peuvent avoir plus de difficultés à parler de sexe. Le jeu peut devenir un excellent allié ! Un jeu de cartes à questions, une liste de fantasmes, un défi coquin… peuvent servir de déclencheur : “As-tu déjà essayé ?” “Ça te dit qu’on teste ensemble ?”
La question du consentement est une bonne base pour parler sexualité surtout pour les plus jeunes qui sont aussi dans la découverte de leur propre sexualité. « On peut faire ceci ou ça, je suis d’accord, mais si je dis stop, on arrête. » Pouvoir dire « non », « j’ai mal », « je ne suis pas excité·e », c’est essentiel. Et en parler ensemble permet d’adapter, de comprendre, de respecter.
Les maladresses à éviter
Quelques maladresses qui peuvent bloquer la communication :
- Accuser l’autre au risque de le braquer ;
- Parler du passé (sauf celui vécu à deux) et comparer avec des ex-partenaires ;
- Ne pas proposer d’alternatives. « Je n’aime pas la pénétration » peut devenir « je n’aime pas la pénétration, est-ce qu’on ne testerait pas ceci ou cela ? » ;
- Penser que tout est évident. En effet, ce qui va de soi pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Et le non-dit crée vite frustration, puis dégoût et perte d’envie.
Quand faire appel à un·e sexologue ?
Seul·e ou en couple, il ou elle accompagne les questionnements ou les blocages. Néanmoins, ce n’est pas évident d’intégrer une tierce personne pour traiter de ces questions intimes. N’hésitez pas à consulter déjà pour vos questions intimes personnelles. Ensuite, quand la communication ne passe plus dans le couple, un·e sexologue peut aider.
Estelle conseille aussi de ne pas attendre d’avoir un problème pour consulter. “Une sexologue peut ouvrir le dialogue pour préparer le couple à des moments d’instabilité : l’arrivée d’un enfant, la ménopause, etc.”
Ma vie en PLUS
Le dernier conseil d’Estelle :
“Nous avons tous des recettes différentes. Certain·e·s aiment leur sexualité avec quelques épices, d’autres bien pimentée. L’important, c’est de connaitre nos recettes respectives pour atteindre le plaisir. Ensuite, on apprend ensemble à cuisiner la bonne recette. “
Le Centre de Planning familial Soralia de Charleroi propose des consultations sexologiques à prix réduits pour toutes questions relatives à la vie relationnelle affective et sexuelle.