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Ordonnances poétiques : Christine Aventin

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Épisode 4 -

Les douleurs du corps ont leurs traitements… Et celles de l’esprit ? Les « ordonnances poétiques » apportent un soin différent, fait de langage, de présence et de lenteur retrouvée. De petites capsules à écouter et à partager sans modération.

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Voici l’ordonnance poétique de Christine Aventin, auteure au sein du Collectif L-Slam :

Le silence des organes

« quelqu’un qui était chirurgien

a défini un jour

il y a longtemps, presque un siècle,

l’état de santé par cette formule

« c’est la vie dans le silence des organes »

états supposés d’équilibre

se manifestant par

l’absence de manifestations

comme un mobile géant suspendu

dans un monde sans vent

chut

un doigt sur la bouche

le corps et l’esprit qui avancent en sourdine

motus mutisme discrétion la ferme,

sages

Tu connais cet état, toi ?

sans esclandre, ni chahut,

ni boucan, ni tohubohu ?

Fait-il partie de nos prérogatives ?

ce qu’il voulait dire, ce chirurgien

avec sa formule

c’est que la douleur est la langue

que parlent les corps malades

il n’avait ni vagin, ni utérus, ni seins

ni clitoris, ni ovaires

il n’était pas appelé aux menstrues,

ni à la ménopause,

il ne savait rien ce chirurgien

de l’accouchement

ni des neuf parts de plaisir

sur dix que s’accaparent les amantes

laissant magnanimes la dixième

en dringuelle à l’amant

le vacarme du corps des femmes

tu connais  ?

Et ces dures à cuire qui plafonnent

jusqu’au larsène

avant de consulter ?

Sur la ligne de basse qui fait le bourdon

du flux incessant de mes pensées

en montagnes russes

dans les salles d’attente

je sample mes gueulantes

dj milf aux platines pour que tu danses,

toi,

sur le tracé des ondes alpha

de mon électro encéphalogramme

papier millimétré du poème

quel est ton nom, le nom de ta mère,

le nom de tes aïeules

et celui de ton ancêtre la plus ancienne

qui loge encore dans ta mémoire

comme en sa propre maison –

hospitalière ?

Les mots sont à double-fond

Accessoire de prestigiditation

pour celles dont c’est le métier,

de les retordre

aussi

je te propose d’en reprendre deux

à la médecine pour les confier à la poésie

en remontant à la source de leur sens premier.

Palliatif

veut dire « que l’on couvre d’un manteau »

comme si j’enlevais ma veste

pour la mettre sur toi qui frissonnes,

et placebo

signifie « je ferai plaisir ».

En sortant prendre l’air,

avec le chien qui s’impatiente

pendant que je t’écris,

j’ai croisé dans une prairie

une ponette borgne qui avait

un soutien-gorge (pré-ado, en coton noir),

sur l’oeil

en guise de bandeau pirate

je crois que la gamine

qui prit en son sein l’oeil du petit cheval

et le soin du bandage

doit venir à n’en pas douter

d’une lignée de guérisseuses

qui connaît l’efficace

du baiser magique à la fraise tagada.

Version courte pour l’ordonnance :

Il y a longtemps un chirurgien a défini

la santé en disant que

c’est la vie dans le silence des organes.

La douleur serait la langue

qu’ils parlent quand, devenant bavards,

ils t’amènent à consulter.

Moi qui ai pour métier les mots

je te propose d’en reprendre deux

à la médecine pour les confier à la poésie

en remontant à la source de leur sens premier.

Palliatif veut dire « que l’on couvre d’un manteau »

et placebo signifie « je ferai plaisir ».

Puisse ma voix être pour toi

un soin palliatif ayant un effet placebo. »

Ecoutez toutes nos ordonnances poétiques…